Lettre Mensuelle d'AJF - octobre 2025

 Temps de lecture: 5 minutes.


💡 L’essentiel à retenir :

Actualité : Ralentissement américain, désinflation européenne et nouvelle crise politique en France après la démission de Sébastien Lecornu.

Marchés : Consolidation des actions, détente obligataire et or toujours recherché comme valeur refuge.

Perspectives : Privilégier la qualité, conserver une exposition modérée aux actions, soutenue par une poche d’or et de liquidités.

📊 L’essentiel de l’actualité :

France : démission de Sébastien Lecornu, incertitude politique accrue

Le 6 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté sa démission, moins d’une semaine après la formation de son gouvernement. Cet épisode inédit illustre l’impasse politique dans laquelle se trouve l’exécutif, alors que les négociations autour du budget 2026 se sont heurtées à un front parlementaire hétérogène mais uni dans son refus du projet.

Le président Emmanuel Macron a chargé M. Lecornu de conduire d’ultimes discussions pour bâtir une “plateforme d’action” transpartisane, sans exclure la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale si aucun accord n’émerge.

Plusieurs scénarios circulent : suspension temporaire de la réforme des retraites, remaniement technique ou appel à un gouvernement d’union.

Les marchés ont réagi avec prudence : le CAC 40 a cédé environ 1 % le lendemain de la démission, puis a repris rapidement du terrain.

Tant que la situation restera floue, les investisseurs étrangers demanderont une rémunération plus élevée pour financer l’État, ce qui pourrait peser sur la trajectoire budgétaire en 2026.

Cours du CAC 40 / Source : Boursorama.com

Ralentissement de l’économie américaine :

L’économie américaine montre des signes de ralentissement structurel. Selon les projections du FOMC (réunion de septembre 2025), la croissance réelle devrait atteindre environ +1,6 % en 2025, avec un ralentissement progressif prévu en 2026.

La trajectoire de l’inflation et du chômage seront déterminantes pour les choix de la Réserve Fédérale.

La politique monétaire reste le principal levier d’ajustement. Les marchés intègrent désormais la possibilité de deux baisses de taux d’ici fin 2025.

En parallèle, les incertitudes autour d’un shutdown prolongé du gouvernement, ainsi que l’impact du resserrement sur l’investissement des entreprises, pèsent sur le sentiment.

Le ralentissement du crédit, la prudence des ménages dans la consommation, et la modération des investissements sont autant de signaux d’un cycle qui pourrait se fragiliser. Le pari de la Fed sera de réussir à desserrer la contrainte monétaire sans relancer brutalement l’inflation — un exercice d’équilibriste.

Source : OCDE

 

Chine : retour à la normale ?

La Chine poursuit une croissance modérée — robuste en apparence, mais sous-tendue par des fragilités croissantes. Au deuxième trimestre 2025, le PIB s’est apprécié de +5,2 % en variation annuelle (données KPMG). Cependant, les récentes données à la rentrée ont surpris à la baisse.

Les autorités chinoises maintiennent une posture de stimulation active : assouplissement monétaire, dépenses publiques ciblées, soutien au secteur de l’innovation, et incitations à la consommation.

Pourtant, plusieurs vents contraires persistent :

  • Le secteur immobilier est un point de tension majeur : le recul des ventes et de la construction pèse sur les revenus des collectivités locales, limitant les marges de manœuvre locales.

  • La consommation se montre hésitante : malgré des campagnes de stimulation, le moral des ménages reste fragile, rendant le rebond des dépenses de consommation incertain.

  • Les tensions commerciales avec les États-Unis, notamment les tarifs et les restrictions technologiques, continuent de peser sur les exportations.

📉 Analyse des marchés :

Actions : consolidation après un été dans le vert

Aux États-Unis, le S&P 500 s’est stabilisé autour de ses plus hauts annuels, soutenu par la résilience des bénéfices et la perspective d’un assouplissement monétaire. Néanmoins, les valorisations demeurent élevées, en particulier sur les grandes valeurs technologiques.

En Europe, la dynamique reste contrastée. Le CAC 40 et le DAX affichent une performance positive sur l’année (+8 % et +22 % respectivement), mais les flux se concentrent sur quelques grands noms du luxe et de la santé. Les valeurs cycliques pâtissent d’un contexte industriel toujours mou et des incertitudes politiques en France et en Italie.

Les marchés émergents bénéficient d’un reflux du dollar. L’Inde et le Brésil continuent de surperformer, portés par des dynamiques domestiques robustes. La Chine, en revanche, reste à la traîne : les interventions publiques soutiennent ponctuellement les indices, mais la visibilité économique demeure trop faible pour déclencher un véritable retour des investisseurs internationaux.

 

Obligations : la détente se poursuit, mais la visibilité reste limitée

Le marché obligataire conserve un biais positif depuis la fin de l’été, porté par la baisse des anticipations d’inflation et la perspective de politiques monétaires plus accommodantes.

Aux États-Unis, le rendement du Treasury à 10 ans a reflué vers 3,95 %, contre plus de 4,4 % début septembre. Cette détente reflète à la fois le ralentissement économique et la confiance croissante des investisseurs dans un scénario de « soft landing ».

En Europe, la tendance est similaire : le Bund à 10 ans s’établit autour de 2,35 %, tandis que le rendement de l’OAT française a légèrement remonté à 3,15 % après la démission de Sébastien Lecornu.

Sur le crédit, les obligations Investment Grade conservent l’intérêt des investisseurs institutionnels, tandis que le segment High Yield reste sous-pondéré : les taux de défaut remontent légèrement et la liquidité demeure faible.

Cours du taux 10 ans au Etats-Unis / source : boursorama.com

 

Matières premières & devises : or et énergie sous surveillance

Les matières premières évoluent dans un environnement contrasté.

L’or poursuit ses plus hauts historiques en franchissant la barre des 4 000 $ l’once. Le métal jaune profite d’un double soutien : la baisse du dollar et le regain d’aversion au risque face à l’instabilité politique européenne. Il conserve sa fonction de couverture stratégique dans les portefeuilles.

Le pétrole Brent oscille entre 60 et 65 $ le baril. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourraient provoquer des à-coups, mais le scénario central reste celui d’une stabilité des cours.

Côté devises, le dollar poursuit sa phase de repli, revenant autour de 1,16 $ pour un euro, sous l’effet des anticipations de baisse de taux de la Fed. L’euro s’apprécie modestement, tandis que les devises émergentes profitent de la détente monétaire et du retour progressif des flux d’investissement.

 

Cours d’une once d’or / Source : Boursorama.com

🔮 Nos perspectives :

À l’approche de la fin d’année, les marchés se trouvent dans une phase d’équilibre fragile : la croissance ralentit sans s’effondrer, les politiques monétaires deviennent plus souples, et les tensions géopolitiques ajoutent une dose d’incertitude.

Dans ce contexte, la priorité est de préserver la performance acquise tout en gardant la capacité de se repositionner rapidement.

 

Actions :

Nous conservons un biais modérément positif sur les actions, porté par la désinflation et la résilience de l’activité, mais la dispersion des performances reste marquée.

– États-Unis : nous privilégions les entreprises à bilans solides et à fort pouvoir de fixation des prix. Le secteur technologique reste porteur, mais les valorisations imposent la prudence. Les financières, l’énergie et la santé offrent un couple rendement/risque plus équilibré.

– Europe : les valorisations demeurent attractives malgré la faible visibilité macroéconomique. Nous renforçons notre exposition sur les valeurs défensives (santé, services aux collectivités) et sur certaines valeurs industrielles exportatrices profitant du reflux de l’euro.

– Marchés émergents : l’environnement monétaire plus favorable incite à un retour progressif, en particulier vers l’Inde et l’Asie du Sud-Est. La Chine reste un pari tactique, réservé à des poches d’allocation spécifiques, notamment dans la technologie et la consommation intérieure.

Notre conviction : les actions conservent du potentiel, à condition de rester sélectif, d’éviter les excès de concentration et de privilégier les sociétés de qualité.

 

Obligations :

Le marché obligataire redevient une source de rendement intéressante dans les portefeuilles diversifiés.

La détente sur les taux nominaux et la stabilisation de l’inflation redonnent de la visibilité sur les flux obligataires.

Notre conviction : les taux actuels offrent un point d’entrée intéressant pour reconstruire la poche obligataire.

 

Matières premières & devises :

Les actifs réels continuent de jouer un rôle important dans la construction de portefeuille, tant pour la diversification que pour la protection contre les risques extrêmes.

– Or : nous maintenons une exposition stratégique, l’actif restant une assurance efficace face aux incertitudes politiques et monétaires.

– Pétrole : la volatilité pourrait s’intensifier, mais les prix devraient rester contenus dans un couloir de 65–75 $ le baril.

– Devises : le repli du dollar favorise un rééquilibrage des flux vers l’euro et certaines devises émergentes, mais la prudence s’impose sur les marchés les plus dépendants des capitaux étrangers.

Notre conviction : les matières premières et les devises sont des amortisseurs de volatilité indispensables dans un cycle de transition monétaire.

📈 Performances des marchés  

Nous restons naturellement à votre disposition si vous souhaitez faire le point sur votre stratégie d’investissement.

Cordialement,

Jonah Pégoud, Associé Gérant et Responsable des Allocations chez AJF Gestion Privée

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